Conquis par l’Argonne !

À première vue, l’Argonne pourrait sembler un coin reculé couvert de forêts et d’étangs. Mais ce ne serait pas rendre justice à cette région au relief accidenté, située quelque parte entre la Champagne et les Ardennes françaises. Il est vrai que le mot celtique « argoat » qui donne son nom à cette région signifie « le pays des bois ». Et pourtant, nous ne chargeons pas les élégants coffres de la Tracer de chaussures de marche et de matériel de pêche.  

Le paysage ondoyant et vallonné a beau inviter à l’émerveillement, aucun sol français n’est plus imprégné de sang. Les bois touffus et les crêtes de l’Argonne ont en effet toujours formé une frontière naturelle. Il n’en allait pas autrement quand les soldats français et allemands s’y sont terrés pendant quatre ans. Dix mois de combats d’artillerie ininterrompus ont transformé ces superbes collines proches de Verdun en volcans éructant. Lorsque les canons se sont tus en 1916, on a compté plus de 200 000 morts et le double de blessés. Un triste record pour la plus lourde offensive d’artillerie de l’histoire de l’humanité !  

Slow travel le long de la Meuse française

L’Argonne se situe à moins de 250 km de Bruxelles, nul besoin de nous hâter en route cette fois. Nous roulons donc tout à notre aise en direction de Givet, en passant par Spontin et Dinant. La petite ville frontalière française s’étire le long de la Meuse et nous en faisons autant à une terrasse de Hierges, au pied de son château en ruines. L’asphalte bien lisse qui nous fait glisser sur les parfaits Méandres de la Meuse à Monthermé confirment que cela fait un petit moment que nous avons quitté les Ardennes belges. Nous nous faisons la même réflexion en empruntant les Boucles de Meuse.

Capitale des Ardennes françaises, la double ville de Charleville-Mézières est connue pour sa magnifique Place Ducale. Avant de nous abriter sous ses arcades pour la pause de midi, nous commençons par visiter le Musée Rimbaud. Tout comme la maison située juste en face, où le jeune Arthur Rimbaud a habité quelques années, cet ancien moulin posé sur un bras de Meuse évoque l’œuvre et la vie tumultueuse du célèbre poète du XIXe siècle.

Le fort médiéval de Sedan a aussi connu des heures agitées. Impossible de ne pas le remarquer, lui qui compte parmi les plus grands châteaux forts d’Europe. Bâti sur un promontoire rocheux, le Géant de Sedan domine la ville et les collines alentour. Il ne s’est jamais laissé conquérir, bien que l’empereur Napoléon III y ait subi l’humiliation des forces prussiennes de Bismarck. Il s’en est fallu de peu que le château soit démoli un siècle plus tard… 

Des alouettes survolant des champs ondoyants

Arrivés au nord du Pays d’Argonne, le petit village de Stonne nous accueille avec des nuages noirs qui n’augurent rien de bon. Une heure plus tard, le soleil brille de tous ses feux. Autour du Lac de Bairon, les champs ondoyants sont survolés par des alouettes qui font de joyeux piqués en chantant. L’Argonne a deux visages. Nous leur portons un toast au restaurant Le Panoramic, qui n’a pas usurpé son nom en bordure du lac. En fin de journée, nous avons même droit à un coucher de soleil des plus romantiques.

La chartreuse du Mont-Dieu s’élevant au cœur de vertes prairies vaut plus que le détour après avoir pris congé de notre hôte de La Corrérie. À Buzancy, nous échangeons les petites routes contre la D947 plus rapide. Nous voulons absolument visiter le musée européen de la bière dans la petite ville « satanique » de Stenay. Pas moins de 50 000 objets retracent l’histoire de la plus ancienne des boissons alcoolisées, depuis ses quatre ingrédients de base (l’eau, les céréales, le houblon et la levure) jusqu’à une authentique installation brassicole. Un incontournable pour tous les amateurs de bière. 

Champs de bataille de la Grande Guerre

Après avoir pris quelques photos de notre belle Meuse, qui se révèle ici dans toute sa splendeur, nous nous replongeons dans l’Argonne. En route vers Varennes, nous marquons respectueusement un arrêt devant le monument de Montfaucon. La colonne dorique commémorative du Montfaucon rappelle l’offensive américaine Meuse-Argonne qui a mis un terme à la Grande Guerre, dont tout le monde pensait « catégoriquement » que les troupes reviendraient avant Noël. L’image romantique du petit jeu de soldats a rapidement cédé la place à un bourbier humain.

L’histoire est également au rendez-vous à Varennes-en-Argonne. Le petit musée offre toutefois plus qu’un regard désenchanté (en 3D) sur le passé guerrier de la région. Quel petit Français ne connaît pas le nom du village où Louis XVI a été arrêté par une poignée de révolutionnaires alors qu’il fuyait Paris ? Cette nuit du 21 juin 1791 finit par lui coûter sa tête, ainsi qu’à Marie-Antoinette. Jean-Baptiste Drouet, l’homme qui a reconnu la famille royale dans la berline en fuite, a connu un meilleur sort : ce maître de poste a été nommé sous-préfet de Sainte-Menehould et a été décoré par Napoléon.  

Autant d’honneurs que les jeunes hommes qui ont servi de chair à canon n’ont pas pu ramasser. Des villages rayés de la carte, des collines réduites en miettes et des forêts n’offrant plus qu’un paysage lunaire. L’apocalypse a revêtu de nombreux visages pendant la première moitié du XXe siècle.

Poser un visage sur la vie d’un soldat, c’est précisément ce que fait le Néerlandais Jean-Paul de Vries dans sa collection privée Romagne 14-18. Enfant, il fréquentait un camping de la région avec ses parents pendant les vacances et il a vu chaque année les paysans sortir des casques, des fusils, des obus et des bottes de la terre. Le début d’une passion qu’il partage avec beaucoup d’enthousiasme dans son musée « informel ». 

D’un tout autre ordre, mais pas moins intéressant, le cimetière militaire américain tout proche de Romagne-sous-Montfaucon. Situé sur la ligne de front des derniers mois de la guerre, ce lieu a été offert d’emblée aux Américains en commodat permanent. Plus de 14 000 Américains y sont enterrés, ce qui en fait le plus grand cimetière américain d’Europe.

Des nuages noirs ne présagent rien de bon pour notre dernier jour en Argonne. Par chance, nous restons au sec sur la Butte de Vauquois. Mais notre cœur ne peut pas en dire autant, car les stigmates de la « guerre des mines » qui a vu s’opposer Français et Allemands sur la colline n’ont pas disparu sous la végétation.

Valmy, fin de la monarchie française

Depuis Sainte-Menehould, capitale de l’Argonne et du pied de porc pané, il n’y a que dix minutes de route jusqu’au moulin de Valmy, où l’armée révolutionnaire française a remporté sa première victoire sur l’armée austro-prussienne. Bien que la canonnade de Valmy du 20 septembre 1792 ne fût qu’une escarmouche (« à peine » 500 morts), cette bataille n’en constitue pas moins l’un des moments les plus décisifs de l’histoire mondiale. La Révolution française était sauvée ; quelques mois plus tard, la tête du roi de France roulait dans le panier de la guillotine.

Le ciel pleure avec nous tandis que s’achève notre voyage en Argonne, après un détour toutefois par les tranchées de Massiges et le camp allemand installé dans les bois de la vallée Moreau. Deux sites qui nous racontent une histoire épouvantable que nous ne pourrons jamais oublier.

L’Argonne n’est toutefois pas seulement une région de souffrance, mais aussi d’amour. Après cent ans, la nature a merveilleusement repris ses droits. Mère Nature est indulgente. Après le tumulte des commémorations du centenaire, nous avons eu la région pour nous tout seuls…

 

Plus d’infos

www.ardennes.com

www.tourisme-meuse.com

www.tourisme-en-champagne.com

www.rendezvousenfrance.be

Où séjourner

www.lesbouclesdemeuse.net

www.correrie.com

www.lemontcigale.fr

www.nuitsinsolitesdargonne.com

 

 

 

Texte : Kris Van der Stockt

Photos : Anja Botte & Kris Van der Stockt

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